Dossier saturé, mémoire pleine

 


Dossier saturé, mémoire pleine (et Brumignon stagiaire qui panique)

On va être francs avec vous.

Là, on est assis autour de la table — la vraie, celle qui colle un peu sous les coudes — et on regarde le dossier du Royaume.
Une trentaine de fichiers.
Des cycles.
Des règles.
Des variantes.
Des “version finale v05 définitive corrigée cette fois promis”.

Et quelqu’un lâche :

« Les gars… c’est la merde. »

Silence.

Pas dramatique. Pas lyrique.
Juste factuel.

Parce qu’un modèle GPT, aussi vaillant soit-il, ça ne vit pas dans un palais infini.
Ça vit dans des plages de contexte.
Des couloirs de mémoire.
Et ces couloirs, on les a remplis comme des Brumignons remplissent des sacs de spores : sans jamais jeter.


Le moment où on réalise qu’on a trop bien travaillé

On avait commencé proprement, hein.

“On va faire des mini-récits.”
“Des petites capsules, faciles à digérer.”
“Ça sera parfait pour la mémoire.”

Puis quelqu’un demande :

« Attends… qui c’est qui a continué les mini-récits ? »

Regard circulaire.
Un Brumignon stagiaire tousse.
Il fait semblant de classer un parchemin à l’envers.

Ah oui.
On a arrêté sans s’en rendre compte.

Pas parce que c’était nul.
Mais parce que le récit a grossi.
Parce que le monde a commencé à s’auto-structurer.
Parce que raconter tout en petites nouvelles, c’est sympa… jusqu’au moment où tu dois retrouver une règle planquée dans un paragraphe poétique écrit six mois plus tôt.


La question interdite : est-ce que le récit est la bonne forme pour la mémoire ?

Et là, on a dit le truc qu’on évitait depuis longtemps :

« Est-ce que le récit… c’est vraiment la forme optimale pour laisser de la mémoire à un GPT ? »

Gros mot.

Parce qu’on aime le récit.
Parce que le Royaume est un récit.
Mais un GPT, lui, ne se souvient pas comme un lecteur.
Il ne feuillette pas.
Il charge.

Et charger trente fichiers narratifs, c’est comme demander à un Brumignon de porter une cathédrale en bois vert :
— il va essayer,
— il va transpirer,
— et à la fin il va casser un coin important sans prévenir.


Et là quelqu’un ose dire : “JSON.”

Silence encore.

Un silence différent.
Un silence de blasphème.

“Des fichiers JSON ?”
“Mais c’est moche.”
“Mais c’est froid.”
“Mais y a pas de poésie.”

Le Brumignon stagiaire lève la main :

« On peut dessiner des petites grenouilles dans les clés ? »

Il est prié de se taire.

Mais le fond est là :
la poésie, on peut la lire.
La structure, on peut la charger.

Et un GPT, lui, mange de la structure.


Le glissement dangereux (et nécessaire)

Donc voilà où on en est, honnêtement :

  • Le récit est devenu trop riche pour rester uniquement narratif

  • Les mini-récits sont beaux, mais pas indexables

  • Les règles vivent mieux quand elles sont factorisées

  • Et la mémoire adore quand on lui dit :

    • “ça, c’est une classe”

    • “ça, c’est une trace”

    • “ça, c’est non négociable”

On ne parle pas de tuer le récit.
On parle de lui faire un squelette.

Un squelette froid.
Lisible.
Chargeable.

Et autour, on remettra la chair. Le givre. La mousse. Les conneries de Brumignon.


Conclusion provisoire (avant que quelqu’un renverse du thé)

On n’a plus “beaucoup de place”.
Mais on a beaucoup de matière.

Donc il va falloir :

  • compacter

  • factoriser

  • accepter que tout ne soit pas une scène

  • et écrire parfois pour la machine sans trahir le monde

Le Royaume ne disparaît pas.
Il change de conteneur.

Et si vous nous voyez parfois hésiter, bricoler, râler dans la salle d’écriture…
c’est normal.

On est juste en train d’apprendre à faire tenir un monde vivant dans une mémoire finie.

(Et le Brumignon stagiaire ?
Il a renversé l’encrier sur le dossier “version finale”.
On a soupiré.
Puis on a créé une V06.)

D443B,
depuis une table trop petite pour un royaume trop dense.